Photo_sarko_le_penNe nous laissons pas abuser. Les piques qu’ils se lancent depuis quelques jours ne sont destinées qu’à faire diversion. Le rapprochement entre MM. Le Pen et Sarkozy, à la veille du 1er tour de la présidentielle, est pourtant bien réel. Le candidat UMP compte en effet sur les voix de l’extrême droite pour être élu. Et ne désespère pas de revivre le 22 avril un remake de 2002, et de se voir confronter, comme M. Chirac en son temps, au leader du Front National au second tour.

Pour cela, tous les moyens sont bons, empiéter sur les thèses les plus haineuses du Front National, draguer de manière éhontée M. Le Pen et ses partisans, servir la campagne de l’extrême droite. Jusqu’à ce qu’il y avait de plus inimaginable mais qui est pourtant bel et bien en train de se produire : la constitution d’une coalition Le Pen – Sarkozy.

En 4 actes, voici l’histoire d’une union dangereuse.

– Les 500 signatures
Les signatures obtenues par M. Le Pen pour se présenter à l’élection présidentielle l’ont été grâce à l’intervention bienveillante de l’UMP sarkozyste. En affirmant qu’il « se battra  » pour que M. Le Pen dispose de ses parrainages, M. Sarkozy expliquait que « la démocratie ne doit pas être confisquée par un petit nombre de gens. » En tant que ministre de l’Intérieur, il avait largement le temps et les pouvoirs de réformer ce système s’il le jugeait antidémocratique. En réalité, le candidat UMP voulait surtout éviter de provoquer la colère des électeurs du FN alors que depuis cinq ans, il travaille à les séduire avec sa « rupture conservatrice« .

– La mise en lumière des thèmes chers à l’extrême droite
Peu les importe les préoccupations majeures des français sur l’emploi, le pouvoir d’achat, l’éducation, le logement… Pour M. Sarkozy, il n’était question que d’immigration et d’identité nationale. Puis, profitant des incidents de la gare du Nord, le candidat UMP a voulu placer, comme en 2002, le thème de l’insécurité au cœur de la campagne, oubliant qu’il fut un ministre de l’intérieur au bilan catastrophique pendant 4 ans.
Immigration, identité nationale, insécurité : ces thèmes constituent le fonds de commerce de l’extrême droite.

– Les tractations secrètes
M. Le Pen a affirmé qu’il avait rencontré deux fois récemment M. Sarkozy au ministère de l’Intérieur. Le Canard Enchaîné révèle dans son édition du 11 avril que des tractations ont commencé entre le Front National et L’UMP pour l’après élection. Plus qu’un accord de gouvernement, il serait davantage question de l’instauration d’une dose de proportionnelle aux élections législatives afin que le Front National soit représenté dans l’hémicycle. D’ailleurs, Brice Hortefeux, plus proche lieutenant de M. Sarkozy, confirmait ce scénario le 12 avril en déclarant : « Introduire une dose de proportionnelle aux élections législatives permettrait aux extrêmes, notamment au FN, d’être représentés au Parlement.« 

– La lepénisation du discours
Nicolas Sarkozy joue depuis plusieurs semaines sur le terrain de l’extrême droite. Il y a eu ce ministère de l’immigration et de l’identité nationale qu’il appelle de ses vœux, amalgame honteux et insultant pour tous les français issus de l’immigration. Il y a eu ses propos sur le caractère inné de la pédophilie ou de la tendance suicidaire qui bouleversent tous les principes de l’humanisme. Il y a eu cette phrase lourde de sens, prononcée en meeting : « La France n’a pas à rougir de son Histoire. Elle n’a pas inventé la solution finale.« , qui renvoie aux heures les plus sombres de notre histoire et qui nie la responsabilité de l’Etat français durant la collaboration.

Ne nous réveillons pas avec une terrible gueule de bois les 23 avril et 7 mai. Refusons cette scandaleuse coalition Sarkozy – Le Pen.

6 Comments

  1. Seb dit :

    Au moins, Chirac avait pour lui de ne s’être jamais compromis avec l’extrême droite. Avec Sarko, les masques sont tombés. Oui, il se prépare une terrible alliance Sarko – Le Pen. No pasaran !
    Seb

  2. Max dit :

    « Nicolas Sarkozy compte sur les voix d’extrême droite »…
    J’ai honte pour ma ville d’avoir un maire aussi médiocre …
    Les gens qui ont voté FN en 2002, vous en faites quoi ?
    Vous les fusillez, vous les parquez ?
    Ce sont des français comme vous.

  3. Camille dit :

    Le problème n’est pas que Sarkozy souhaitent détourner les électeurs du FN et les ramener à lui, sur des thèmes républicains, c’est qu’il drague ces électeurs sur les terre du FN, en reprenant un grand nombre des thématiques de Le Pen, en légitimant les propositions de ce dernier, en flattant les peurs de ces électeurs.
    Bien entendu qu’il faut apporter des réponses et des solutions aux questions des électeurs du FN.
    Tous les socialistes s’y emploient avec détermination en proposant de rendre le pouvoir d’achat aux français, d’instaurer une société juste et ferme, dans laquelle chacun aura sa place et verra l’avenir de ses enfants garanti.
    Nous n’avons pas éludé les débats sur la sécurité ou sur l’immigration, mais nous y apportons, vous l’aurez remarqué, des arproches et des réponses très différentes. Nous sommes des humanites, nous.
    Alors n’essayez pas de dresser une fois encore, comme en a l’habitude Sarkozy, les socialistes contre les électeurs du milieu populaire.
    Sarkozy dresse les uns contre les autres et flatte les bas instincts des individus.
    Ce faisant, il n’assume pas un rôle de candidat d’un pays éclairé, mais de prétendant égocentrique prêt à tout pour emporter la victoire. Y compris se compromettre au plus pret de l’extrême droite.
    Il n’est vraiment pas le mieux placé pour battre le FN car ce qui doit être combattu, ce n’est pas Le Pen, ce sont ses idées.
    Si Sarkozy les perpétuent, alors il sera vain d’avoir lutter contre le FN.
    Tel est le choix auquel nous sommes confrontés : oui ou non voulons nous que ces idées dangereuses survivent et soient mises en oeuvre pour les 5 ans à venir, par Sarkozy ?

  4. rigolotouplein dit :

    dois je vous rappeler quel chef d’etat français a propulsé le pen pour contrer la droite classique ?
    c’etait françois mitterand ….. mais il est vrai que le parti construit laborieusement va imploser le 22 avril ……
    parce que segolene royal ne sera pas au second tour …….

  5. Sylvain dit :

    Pour Max : il faut effectivement pouvoir répondre aux inquiétudes des électeurs de Le Pen dont une toute petite minorité partage ses vraies valeurs, et dont la large majorité vient plutôt par dépit. Mais à la seule condition de ne pas les séduire avec les mêmes mots que le FN.
    Or Sarkozy est en train de réaliser de manière affolante une véritable lepénisation des esprits. C’est cela que qu’il faut dénoncer et combattre.
    Pour Rigolotouplein : la qualité de votre analyse politique et à l’image du sérieux de votre pseudo.
    Sylvain

  6. Petitgibus dit :

    Rigolotouplein a parfaitement raison : c’est Mitterrand qui en instituant la proportionnelle à l’Assemblée Nationale y a fait entrer le FN, espérant ainsi priver la droite de la majorité en 1986. Je vous rappelle d’ailleurs que cela avait la cause de la démission de Michel Rocard de son poste de Ministre de l’Agriculture. Cela n’a pas fonctionné mais a permis au FN de s’installer dans le paysage politique.
    Et la gauche continue à instrumentaliser le FN en nous faisant croire que Sarkozy et Le Pen sont main dans la main, alors que Sarkozy essaye, lui, de faire comprendre aux électeurs FN qu’ils font fausse route. Ce n’est pas un hasard si Le Pen l’injurie en permanence et insinue que, descendant de hongrois, il ne serait pas si bien placé pour incarner l’identité nationale. Manifestation de xénophobie que la gauche se garde bien de dénoncer.
    Le meilleur barrage à Le Pen c’est Sarkozy et non pas ses alliés objectifs de gauche !

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